Couleur orange des Pays-Bas : pourquoi ?

La couleur orange des Pays-Bas, cette alliance du rouge et du jaune, vous interpelle, à juste titre. Vous avez sûrement remarqué que lorsque l’équipe nationale de football des Pays-Bas joue, elle porte toujours un maillot de couleur orange.

On est là, bien loin des trois couleurs, rouge, blanc, bleu, du drapeau néerlandais.

Les couleurs du drapeux Néerlandais sur l'hermitage d'Amsterdam
Les couleurs du drapeux Néerlandais sur l’hermitage d’Amsterdam

En vérité, pas tant que ça, parce qu’à l’origine, la bande supérieure rouge du drapeau était bien orange. Mais, il faut reconnaître que la couleur orange n’est pas très visible sur mer, et comme chacun sait, la fortune du pays s’est faite sur la mer, donc progressivement, l’orange a été remplacé par le rouge.

Mais, il n’a pas disparu pour autant. Il figure toujours à sa place sur le drapeau de la famille royale qui règne sur les Pays-Bas et qui descend du stathouder, Guillaume d’Orange.

Le drapeau et étendart de la famille royale Pays-Bas garde l'orange comme couleur
Le drapeau et étendart de la famille royale Pays-Bas garde l’orange comme couleur même s’il a évolué au fil du temps

La couleur orange rappelle donc le rôle joué par ce Prince dans l’indépendance des Pays-Bas, mais aussi les valeurs partagées par les orangistes.

 

La couleur orange des Pays-Bas en souvenir du Prince d’Orange

Orange, capitale du Comtat Venaissin, aujourd’hui, commune du Nord-Ouest du Vaucluse

Effectivement, Guillaume d’Orange qui a vécu de 1533 à 1584 était le Prince de la ville d’Orange, aujourd’hui dans le département du Vaucluse, mais à l’époque, c’était la capitale du Comtat Venaissin.  Et ce territoire ne faisait pas partie du royaume de France, mais relevait du Saint Empire Germanique.

Raison pour laquelle, c’est l’empereur Frédéric Barberousse qui éleva ce qui n’était alors qu’un comté, en principauté, au profit d’une famille de seigneurs originaires des Baux de Provence. Cela se passait au 12 ème siècle.

Blason de la ville d'Orange dans le Vaucluse
Blason de la ville d’Orange dans le Vaucluse

Puis, le jeu des alliances familiales et des héritages faisant le reste, la principauté finit par échoir à la maison de Nassau en 1544.  Puis des mains du chef de cette noble maison, elle passa à celles de son cousin, le fameux Guillaume d’Orange-Nassau, dit le Taciturne.

Le titre de Prince d’Orange

Il y a bien longtemps que la maison Nassau-Orange n’a plus de lien territorial avec la ville d’Orange, mais elle a conservé le titre de Prince d’Orange ou de Princesse d’Orange pour l’attribuer à l’héritier ou à l’héritière du monarque régnant.

Devenues Royaume en 1840, les Provinces-Unies se sont inspirées de la constitution britannique où le Prince de Galles est l’héritier de la Couronne. Prince d’Orange, à l’avènement de sa mère comme Reine des Pays-Bas en 1980, le roi actuel, Guillaume-Alexandre, a cédé son titre de Prince d’Orange à sa fille ainée, Catharine-Amélie, lorsque lui-même est monté sur le Trône en 2013.

Symbolique politique de la couleur orange des Pays-Bas

Cet attachement à ce titre est très symptomatique de la place que la couleur orange occupe dans l’imaginaire politique des Pays-Bas. La révolution des « gueux » menée par Guillaume d’Orange contre le pouvoir espagnol s’est, en effet, appuyée sur les classes populaires et petites bourgeoises. Ce n’est pas forcément ce que souhaitait Guillaume d’Orange à l’origine, mais c’est ainsi que les choses ont tourné et qu’est né le parti des orangistes.

Cette tradition est toujours vivace dans les Pays-Bas d’aujourd’hui. La famille royale néerlandaise est la moins fortunée des familles royales en Europe. Son patrimoine est estimé à 200 millions d’euros.

Guillaume-Alexandre était co-pilote à temps partiel d’un Boeing 737 de KLM avant de devenir roi. Comme sa belle-sœur, Mabel, il est également très soucieux des questions humanitaires et a multiplié les engagements dans ce domaine.

Sa femme est née en Argentine dans une famille de la bourgeoisie, comme Mabel. Leur fille Katarina-Amélie, née en 2003, est inscrite dans une école publique où elle se rend à vélo comme tout néerlandais qui se respecte.

La gouvernance orangiste, une gouvernance sourcilleuse

La couleur orange est ainsi, ici, synonyme d’une certaine sobriété dans la manière de vivre et de diriger. S’y ajoutent la liberté de penser et le rejet de l’autoritarisme.

Guillaume d’Orange disait, en décembre 1564, :

Je ne peux admettre que les souverains veuillent régner sur la conscience de leurs sujets et qu’ils leur enlèvent la liberté de croyance et de religion.

Et sa devise, sans équivoque, était :

Je maintiendrai.

C’est toujours celle de la famille régnante actuelle. C’est aussi celle du gouvernement néerlandais.

On ne peut manquer d’en voir la marque dans la prise de participation éclair de l’État néerlandais dans le capital d’Air France-KLM, au début de l’année 2019.

Avec une participation désormais quasiment équivalente, l’État néerlandais entend préserver le rôle d’Amsterdam comme hub de la compagnie. La nouvelle direction de celle-ci a, en effet, laissé entendre, à un moment donné, que cette fonction pouvait être remise en question.

L’orangisme en dehors des Pays-Bas

La nature de l’orangisme aux Pays-Bas est une chose. L’orangisme en dehors des Pays-Bas en est une autre, même si son origine est toujours liée au Prince d’Orange. Il a eu, et il a encore, principalement des répercussions politiques en Angleterre, en Belgique, au Luxembourg, en Irlande et au Canada.

L’orangisme belge et luxembourgeois

L’orangisme belge est plutôt lié à l’idée de grande Belgique. A sa naissance, au début du 19ème siècle, il a le soutien des grandes familles de l’aristocratie et de la bourgeoisie belge.

Leur ambition était de constituer un grand royaume, réunissant la Belgique et les Pays-Bas, dont le monarque aurait été un membre de la maison Nassau-orange.

L’orangisme luxembourgeois rassemble les partisans de la maison Nassau-Orange au profit du roi grand-duc du Luxembourg.

Orangisme anglais, irlandais et canadien

L’orangisme anglais et irlandais

Il a été et il est encore largement issu de l’ordre loyal d’Orange. Celui-ci a été créé en 1795 à Loughhall en Irlande. Il s’agit d’une fraternelle protestante profondément anticatholique, antifrançaise et soutien sans faille de la couronne britannique.

Il se situe dans le prolongement de la défaite, lors de la bataille de la Boyne, en Irlande, de Jacques II d’Angleterre, catholique, et à l’arrivée au pouvoir, sur le trône d’Angleterre, de Guillaume III d’Orange, protestant. Cette bataille est commémorée en Angleterre, chaque année, au mois de juillet.

Son implantation est particulièrement forte en Ulster, en Irlande. Encore récemment, plusieurs premiers ministres d’Irlande du Nord sont devenus des dignitaires de l’Ordre après la fin de leur mandat. L’Ordre compterait actuellement en Irlande un peu plus de 30 000 membres.

L’orangisme au Canada et dans le Commonwealth

Il naît officiellement en 1830 à Brockville dans l’Ontario. Sous le nom d’Association Loyale d’Orange du Canada, il est affilié à la loge mère irlandaise. Comme elle, son organisation décalque celle de la franc-maçonnerie.

Très présents dans la politique canadienne, les membres de l’Ordre au Canada ont été, au début du 20ème siècle, aussi nombreux que tous les membres présents dans tout le reste du Commonwealth.

Aujourd’hui, les effectifs sont en déclin.  Néanmoins, ils sont particulièrement actifs dans les provinces du Québec, de l’Ontario et du Manitoba, au point d’être des acteurs politiques incontournables.

Ils sont, notamment, partie prenante de toutes les discussions actuelles concernant les politiques de l’immigration. Ils refusent, entre autres, le bilinguisme et prônent le multiculturalisme.

L’orangisme et couleur orange des Pays-Bas, en bref

Monarchique en Belgique et au Luxembourg, l’orangisme est plutôt fondamentaliste  en Irlande et au Canada.

Dans ces deux derniers pays, le fondamentalisme orangiste s’exprime, à l’intérieur, par la primauté donnée aux valeurs protestantes et à la population « native » anglophone.

A l’extérieur, il privilégie les liens avec la Couronne britannique.

Ces aspects de l’orangisme mondial diffèrent sensiblement de l’orangisme néerlandais. Aux Pays-Bas, l’orangisme exprime l’attachement d’une grande partie de la population néerlandaise à la famille royale.

Elle y est vécue comme un facteur d’unité nationale. C’est en quoi la sobriété du mode de vie de la famille royale et son ouverture y sont essentiels.

C’est cet orangisme qu’expriment le port du maillot de foot orange par l’équipe nationale des Pays-Bas et d’une manière générale, le goût des néerlandais pour la couleur orange.

Coupe du monde de football féminin, Juin 2019

La prochaine coupe du monde de football féminin aura lieu en France, du 7 juin au 7 juillet 2019. Elle verra s’affronter au stade du Hainaut à Valenciennes, l’équipe néerlandaise et les lionnes indomptables du Cameroun.

Les deux équipes affectionnent le maillot orange ou jaune-orange. On peut donc, légitimement, se demander laquelle des deux équipes jouera dans une autre couleur.

La question est ouverte et les commentaires sont les bienvenus. Ils seront intégrés à la suite de ce post.

Signification foulard rouge et gilet jaune

Signification foulard rouge et gilet jaune

Le choix d’une couleur par un mouvement politique ou social est un élément essentiel de sa représentation.

Maurice Agulhon, aujourd’hui disparu, professeur au Collège de France, de 1986 à 1997, s’est beaucoup intéressé à cette question. Son livre majeur qui fait autorité dans ce domaine s’intitule : Marianne au pouvoir.

Répartition couleur politique en France 2018
Couleur politique en France 2018

L’imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880. Pour lui,

La politique est une bataille. Normalement, elle oppose deux camps bien contrastés. Quand, en outre, elle a des acteurs populaires, elle a besoin d’un langage simple, plus simple que les noms abstraits qui renvoient à une doctrine.

Il en est ainsi de la couleur rouge et de la couleur jaune. Elles font partie de l’arsenal politique.

Ce qui est nouveau avec l’émergence des Foulards Rouges et des Gilets Jaunes, c’est le retour à une représentation ancienne pour les uns, les Foulards Rouges, et c’est un renouvellement de cette même représentation pour les autres, les Gilets Jaunes.

Le rouge des Foulards Rouges, proche de la symbolique du drapeau rouge de la garde nationale de 1789.

Le rouge révolutionnaire

En politique, la couleur rouge évoque traditionnellement un mouvement de gauche. A chaque élection, les infographistes des différents médias, classent sans hésiter les différentes étiquettes politiques, de rouge à bleu, exception faite des écologistes, suivant leur plus ou moins grande appartenance à la gauche ou à la droite.

Cette classification rejoint d’ailleurs le langage populaire qui fait des « rouges » des révolutionnaires prêts à renverser les institutions existantes pour les remplacer par de nouvelles, dominées par les classes populaires.

Le rouge de la Garde Nationale de 1789

Mais, il n’en a pas toujours été ainsi. Avant qu’il ne devienne le symbole de la révolution, le drapeau rouge a été celui du maintien de l’ordre.  La loi du 21 Octobre 1789, contre les attroupements ou loi martiale, défendue par Mirabeau, expose dans son article 1 que :

Dans le cas où la tranquillité publique sera en péril, les officiers municipaux des lieux seront tenus, en vertu du pouvoir qu’ils ont reçu de la commune, de déclarer que la force militaire doit être déployée à l’instant pour rétablir l’ordre public.

Rôle assigné à l’époque à la Garde Nationale, commandée par LaFayette.

Marquis de Lafayette
Marquis de Lafayette

Dans son article 2, la loi précise :

Cette déclaration se fera en exposant à la principale fenêtre de la maison de ville, et en portant dans toutes les rues et carrefours, un drapeau rouge.

Et elle ajoute dans son article 3 :

Au signal seul du drapeau, tous attroupements, avec ou sans armes, deviendront criminels, et devront être dissipés par la force.

Autrement dit, le drapeau rouge agit alors comme un signal pour avertir d’un danger. De la même façon aujourd’hui, les drapeaux sur les plages avertissent les baigneurs sur le niveau de dangerosité de l’état de la mer et sur le degré de leur surveillance. Suivant le code établi, le drapeau rouge leur signale l’interdiction de la baignade.

Qui sont les Foulards Rouges ?

Fin Novembre 2018, des habitants du Vaucluse lancent le mouvement des Foulards Rouges. Clairement, leur but est de s’opposer aux Gilets Jaunes. En cela, comme on le verra ci-après, l’opposition entre Rouges et Jaunes est traditionnelle.

Pour autant, il ne s’agit pas ici d’affirmer un parti pris révolutionnaire, mais bien au contraire de réclamer un retour à l’ordre public. D’ailleurs, la dénomination ferait référence aux foulards rouges, de rigueur pendant les fêtes de Bayonne, et non à un quelconque épisode insurrectionnel.

Foulards Rouges contre Gilets Jaunes

La signification politique de la couleur rouge est, de ce fait, inversée par rapport à son acception contemporaine.

Ce que confirment les mots d’ordre lancés au cours de la marche parisienne du 27 janvier 2019, tels que :

Gilets jaunes au travail !

Non aux factieux !

Je suis là pour soutenir le Président démocratiquement élu !

Cette marche devait, d’ailleurs, s’appeler « marche de soutien à Emmanuel Macron », avant de devenir « marche républicaine pour les libertés ». Et le fait est qu’elle a été organisée par d’anciens responsables locaux du parti présidentiel, de même que suivie par de nombreux élus de ce parti.

Qui sont les Foulards Rouges ?

Par-delà les décennies, on peut donc dire que le positionnement des Foulards Rouges rejoint, d’une certaine façon, celui de la Garde Nationale de 1789, dans des circonstances comparables de désordre public.

Le jaune des Gilets Jaunes, à l’opposé du syndicalisme jaune du début du 20ème siècle et en conflit avec le jaune du parti présidentiel

C’est principalement dans le domaine syndical que le jaune parvint à s’imposer et cela pendant une période relativement limitée.

Suffisamment, toutefois, pour que le terme prenne durablement une connotation conforme à la symbolique traditionnelle du jaune.

Centre de contestation des gilets jaunes avec cette cabane de rond point
Centre de contestation des gilets jaunes avec cette cabane de rond point

Le jaune du syndicalisme jaune de 1902

C’est en Mars 1902 que Pierre Biétry crée la Fédération des Jaunes de France. Elle succède à la Fédération de syndicats anti-grévistes, dits aussi Indépendants.

Elle fait suite à des mouvements sociaux très durs à Montceau-les-Mines et au Creusot, quelques années plus tôt.

La dénomination syndicat jaune est née pendant ces mouvements. Pierre Biétry raconte comment le café de la mairie, à Montceau-les-Mines, siège des indépendants non-grévistes, a été attaqué par des grévistes « rouges » et mis à sac.

Les vitres cassées ont été remplacées par du papier jaune.  Le nom est resté pour désigner ceux qui y tenaient leurs réunions.

 

Cela dit, un auteur comme Maurice Fournier , auteur de « les jaunes : mot-fantasme à la fin du 19ème siècle » a montré que l’emploi de  » jaunes »,  pour qualifier des non-grévistes ou des ouvriers « low cost » avant la lettre, a été utilisé, de manière péjorative, bien avant cet épisode. En France, mais aussi aux Etats-Unis.

La Fédération voulue par Pierre Biétry ne devait pas durer plus de 10 ans et elle disparaît en 1912. Sa devise « Patrie, Famille, Travail » devient celle du gouvernement de Vichy sous la forme inversée « Travail, Famille, Patrie ».

Une partie de ses idées, notamment sur le rôle clef de l’économie de marché, est portée, plus tard, par des syndicats tels que la Confédération française du Travail (CFT).

Celle-ci se fond en 1977 dans la Confédération des Syndicats Libres (CSL). Depuis 2002, date de la dissolution de cette dernière, il n’y a plus à proprement parler de syndicat « indépendant ».

Qu’est-ce qu’un Gilet Jaune ?

C’est un « jaune » inédit. Il conteste les pouvoirs en place, mais souhaite en même temps participer avec eux à l’exercice de leur pouvoir.

Ces « jaunes » ne s’opposent pas à une manifestation menée conjointement avec les syndicats « rouges » existants.  Tout en les tenant à l’écart.

Un "gilets jaunes" avec la mention "révolution" sur son dos
Un « gilets jaunes » avec la mention « révolution » sur son dos

De même, ils rejettent toute tentative de récupération par les partis, mais acceptent dans leurs rangs des représentants de tous les partis.

Le jaune des Gilets jaunes 2018

Symboliquement le jaune de ce mouvement est à l’image du jaune fluo du gilet de sécurité qui lui sert d’emblème. Ce n’est pas un jaune affadi ou maladif, mais un jaune « pétard » et revendicatif.

Et selon l’un de leurs porte-paroles, François Boulo, jeune avocat de 32 ans, sa devise est : « l’amour, le partage, la fraternité ».

 

Quelle est l’origine du Gilet Jaune ?

Rien d’étonnant à ce que le choix du gilet jaune comme emblème ou symbole soit, dans ces conditions, une création spontanée. Sans référence au passé.

Le premier Gilet Jaune, Ghislain Coutard, raconte comment l’idée lui est venue de faire du gilet de haute visibilité un signe de ralliement :

Je devais pousser mon coup de gueule. Spontanément, j’ai pensé au gilet jaune.

Je l’utilise à chaque fois que je vais chez des clients. Dès que je sors de chez eux, je rentre dans mon camion, j’enlève mon gilet, je le jette contre le pare-brise et je remplis mes papiers.

Cela a été le déclic.

Ghislain Coutard est un technicien-mécanicien de 36 ans. Il vit près de Narbonne et parcourt près de 500 kms par jour. Il gagne entre 1800 et 2300  euros nets par mois.

Un jaune en conflit avec le jaune présidentiel

Après des années dominées par l’opposition entre les « rouges » et les « bleus », l’opposition la plus vive, aujourd’hui, est celle qui oppose deux jaunes, celui des gilets jaunes et celui du parti présidentiel.

L’émergence soudaine et fracassante du jaune sur la scène politique et sociale française ressemble à un de ces cygnes noirs théorisés par Nassim Nicolas Taïeb. Elle était imprévisible et pourtant très probable.

Le jaune est encore plus inédit pour un parti politique en France que pour un mouvement social. Mis à part le bref épisode du parti propriétiste, aile politique de la Fédération des jaunes de Pierre Biétry, c’est en Allemagne qu’il faut chercher une expression politique « jaune » , proche du territoire national, avec le FDP ou Parti Libéral Démocrate. Son logo présente, en effet, l’acronyme FDP en lettres jaunes sur fond rouge.

Le jaune des infographistes

Le jaune du parti présidentiel est aussi le résultat d’une génération spontanée, quoique plus réfléchie. Ce n’est pas un choix fait par le parti présidentiel lui-même, mais par les infographistes chargés d’en rendre compte par leurs illustrations.

Comme l’a dit, en Février 2017, Romain Imbach, responsable du service infographie du journal Le monde :

Il ne restait plus grand chose : le jaune ou le violet. On a testé le violet, parce que c’est un mélange de rose et de bleu. Mais est-ce cela Macron, ou plutôt quelque chose de différent ?

On a finalement choisi le jaune pour montrer l’émergence de quelque chose de nouveau en rupture avec les partis traditionnels.

Actuellement, la plupart des médias ont adopté cette iconographie. Ils l’utilisent pour rendre compte de résultats électoraux, de sondages et faire leur « unes ». Le jaune retenu aux dépens du violet est un jaune ambré.

Ajoutons également que le violet a été écarté en raison d’une certaine instabilité à l’impression qui peut, selon les cas, le rendre rose ou bleu. Par ailleurs, politiquement, le jaune a toute sa place chromatique à côté du Orange du Modem, parti allié du parti présidentiel.

Le Jaune des réseaux sociaux

L’émergence récente du jaune comme symbole d’un parti politique ou d’un mouvement social est étroitement liée à l’importance croissante des réseaux sociaux. Sans eux, il lui aurait été difficile d’apparaître comme neuf.

Il n’en reste pas moins que la couleur jaune traîne,  notamment en France,  le poids d’un lourd passé et que celui-ci peut, à tout moment, ressurgir et exprimer d’anciennes ou de nouvelles formes d’exclusion de la société.