Expressions française avec la couleur Bleu

La façon sage, habituelle, d’utiliser le mot « bleu » est d’indiquer la couleur de ce dont on parle. Oui, mais les choses ont pris au fil du temps un tour un peu plus compliqué.

Le mot a sa vie propre. Utilisé comme adjectif, il lui arrive de n’avoir plus qu’un lointain rapport avec la couleur bleue.

Et, il abandonne volontiers ses habits d’adjectif pour prendre ceux de l’adverbe ou du substantif. Bref, le « Bleu » peut avoir de multiples expressions et se moquer même du bleu !

Il y a là un immense réservoir de contresens possibles. Et, pour ne prendre que cet exemple, les concepteurs de traducteurs automatiques ne sont pas au bout de leurs peines.

 

Ce gars est un bleu dit le français.

Et son interlocuteur anglais, peu au fait des subtilités du mot « bleu », peut être tenté de traduire l’expression par « this guy is blue », car « this guy is a blue » n’a aucun sens dans sa langue. L’exemple peut paraître extrême.

Mais, il en est, finalement, de même, sans en sortir, de la langue française. D’où l’intérêt de voyager au pays du « Bleu » et de suivre les différents méandres que peut prendre le mot « bleu ». A la fin du voyage, on aura enrichi son vocabulaire et augmenter sa maîtrise de la langue française.

 

Le mot « bleu » est d’abord un adjectif

On l’utilise pour caractériser la couleur d’un objet ou de quelque chose. Là, on se réfère, sans équivoque, à la couleur bleue du spectre lumineux.

« La chaise est bleue », « la voiture est bleue ». Ce sont des expressions simples en apparence.

Mais, à y regarder de près, pas si simples, en définitive. Car les nuances de bleu peuvent être innombrables. Il suffit de consulter plusieurs nuanciers pour s’en rendre compte.

Les nuances de bleu peuvent être innombrables
Les nuances de bleu peuvent être innombrables

En vérité, la signification du bleu donnée en tant qu’adjectif varie, principalement, en fonction du domaine dans lequel on l’emploie et de son sens propre ou figuré. Cela fait déjà beaucoup de distinguos possibles.

Surtout quand on s’écarte des routes bien tracées des emplois habituels et qu’on s’enfonce dans les fourrés des connotations, censées en valoriser la vertu. Ci-après, trois exemples.

 

L’adjectif en géographie.

Le fleuve Bleu fait référence au Yang-Tsé-Kiang, le plus long fleuve d’Asie. Le troisième plus long au monde.

La référence à la couleur bleue viendrait, non pas de la couleur de ses eaux, mais de son rapport à la cosmogonie chinoise. Le Yang-Tsé serait, ainsi, un fleuve céleste.

Le fleuve Bleu fait référence au Yang-Tsé-Kiang
Le fleuve Bleu fait référence au Yang-Tsé-Kiang

Mais, plus modestement, les stations balnéaires du littoral français, particulièrement bien notées sur le plan environnemental, aiment le faire savoir en arborant un beau pavillon bleu.

 

L’adjectif dans le domaine financier.

L’exemple le plus connu est celui de la carte bleue. Si elle était, généralement, bleue à l’origine, elle ne l’est plus guère aujourd’hui.

En tout cas, pas d’une manière qui permette de la singulariser par cette couleur, plus que par une autre. Mais, le qualificatif est resté. Le bleu a une connotation de pureté et d’innocence, finalement bien pratique.

Dans le même ordre d’idée, on trouve donc le livret bleu ou le crédit bleu.

 

Le « bleu » institutionnel

C’est le bleu de la concorde. Et l’image qui vient tout de suite à l’esprit est celle des « casques bleus« . Ils représentent les forces armées de l’ONU, en action, sur le terrain, avec pour mission de séparer des belligérants.

Évidemment, le champ des connotations amenées par le qualificatif « bleu » ne se limite pas à ces trois domaines. Citons encore, parce qu’elles y sont plus contrastées, le domaine de la santé.

Le bleu institutionnel: Les casques bleus
Le bleu institutionnel: Les casques bleus

Les personnes avec du sang bleu, donc d’origine noble, y voisinent avec les malheureux atteints de la maladie bleue. Dans ce cas, il s’agit d’une pathologie caractérisée par un manque d’oxygénation du sang. Ce qui se traduit, notamment, par un bleuissement des lèvres.

 

« Bleu » est aussi un adverbe

Ce n’est pas l’usage le plus fréquent, mais il n’en est pas moins, bien réel. Ce ne sont pas les amateurs de la cuisson au bleu qui diront le contraire.

A ne pas confondre, bien sûr, avec la cuisson d’une viande rouge, dite bleue. Car lorsqu’on parle de cuisson au bleu, on fait référence, en fait, à un mode de cuisson de certains poissons d’eau douce comme la truite ou la carpe.

 

Autre exemple de « bleu » adverbe. On peut ainsi voir bleu, c’est-à-dire n’y voir que du feu, quand on se fait « avoir », par exemple, par un camelot vantant ses produits miracles au bord d’un trottoir.

On peut aussi se lever de bon matin, ouvrir ses fenêtres, être heureux qu’il fasse beau et s’écrier « Aujourd’hui, il fait bleu ! » pour marquer son enthousiasme à l’idée de profiter d’une journée bien ensoleillée.

 

« Bleu » en tant que substantif

Cependant, il faut bien avouer qu’à défaut d’être employé comme adjectif, le mot « bleu » est plus utilisé comme substantif que comme adverbe. Ainsi beaucoup d’expressions populaires le reprennent en tant que substantif. Citons par exemple :

  • « Allez les bleus« .

C’est l’expression, incontournable, lancée par les supporters de l’équipe de France à l’occasion, notamment, d’un match de football ou de rugby. Mais, cela vaut aussi pour toutes les équipes nationales dans d’autres sports.

 

  • Le Grand Bleu.

L’expression a été popularisée par le film de Luc Besson, sorti en 1988. Il y montre la compétition entre deux plongeurs décidés à être celui qui plongera le plus profond en apnée.

Le fait est que le film se passe en mer Méditerranée. Or, le Grand bleu est plutôt réservé à l’Océan. Pour parler de la mer Méditerranée, on parle, en effet, plutôt de la Grande Bleue

Autour de cette flottille d’antan, la municipalité de Douarnenez organise de nombreuses manifestations à la gloire du grand bleu.

Cité par Annie Mollard-Desfour, dans son livre « Le bleu », p.79

 

  • Bleu d’Auvergne.

Comme le nom ne l’indique pas, il s’agit d’un fromage. A.O.C, s’il vous plait. Il est fabriqué dans le Massif central à partir de lait de vache. C’est une moisissure bleutée, entrant dans sa fabrication, qui lui a donné son nom.

Cependant, c’est aussi le nom d’un chien. Le braque d’Auvergne dont la robe noire et blanche, plus ou moins mouchetée ou grisonnée, donne l’impression qu’elle est bleutée. Mieux vaut donc être attentif au contexte pour savoir de quoi on parle.

 

Autres substantifs

  • Bleu à l’âme. C’est là l’origine des blues. On dit aussi avoir les bleus, ce qui revient à dire qu’on a du vague à l’âme ou qu’on est rongé par la mélancolie, la tristesse ou le spleen.

 

  • Jarnibleu. C’est le juron préféré de Demelza, l’héroïne de la série à succès, Poldark. Mais, la vérité oblige à dire qu’elle utilise plutôt le mot Jarnidieu qui veut dire la même chose. D’ailleurs, tous les jurons anciens finissant en « dieu » ont leur équivalent en « bleu ». Ainsi, par exemple, de Pardieu ou Parbleu, le « by jove » anglais, ou encore de Sacredieu ou Sacrebleu.

 

Le sens de l’expression avec bleu

La liste des expressions est très fournie. Elle témoigne du succès d’une couleur longtemps ignorée.

Son emploi dans le cadre de différentes structures grammaticales illustre bien la généralisation que veut en faire une époque pour laquelle l’échange et la concorde sont des valeurs primordiales.

Le sens de l'expression avec bleu
Le sens de l’expression avec bleu

L’époque contemporaine se veut bleue. Soulignant l’importance des produits bleus, disponibles sur le marché américain, l’expert en marketing, J-J Evrard, cité par Annie Mollard-Desfours, dans son livre de référence, indique ainsi que :

Ce qui se passe aux États-Unis semble démontrer qu’un inconscient collectif s’est mis au bleu.

Et il poursuit en précisant que cette bleuïtude est d’autant plus recherchée qu’elle est une manière de s’opposer, visuellement et verbalement, à des tendances, par ailleurs, très violentes.

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