signification de la couleur bleue

Bleu : ce n’est pas une couleur, c’est un sentiment. (Tahar Ben Jelloun)

 

A l’évidence, le bleu occupe une place prééminente dans notre monde contemporain. Son aura dépasse largement le simple fait d’être une couleur parmi d’autres. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que le bleu s’inscrit régulièrement en tête des classements des couleurs préférées.

Cela n’a pas toujours été le cas et le bleu est resté pendant longtemps une non-couleur. Aujourd’hui, la recherche scientifique en a fait un facteur essentiel du cycle circadien.

Les résultats de cette recherche confortent les nombreuses associations entre le bleu et un fonctionnement mental particulier. Globalement, le bleu est ainsi porteur d’une symbolique largement vertueuse.

Le bleu, couleur numéro 1.

Toutes les enquêtes sur les préférences en matière de couleur le montrent : Le bleu est aujourd’hui la couleur préférée de larges franges de population.

Une des dernières en date indique ainsi que 42 % des personnes interrogées ont une préférence pour le bleu. Les deux couleurs qui viennent en second, le vert et le violet, se situent loin derrière. Elles ne sont que 14 % à les préférer.

Sans entrer dans les détails de ces études, il convient toutefois de noter que des variations importantes peuvent être observées selon les critères retenus. Retenons simplement que la domination du bleu est d’autant plus grande que le public est masculin et d’origine occidentale.

Le bleu, une couleur longtemps inexistante

Le leadership du bleu est récent. De l’antiquité jusqu’au 12ème siècle, le bleu n’avait pas vraiment de nom et c’était la couleur des « barbares ».

Étymologiquement, le bleu n’a ni racine grecque, ni racine latine. Ainsi, pour le désigner, il a fallu se référer au « blao » ou au « blawir » de l’ancien bas francique.

Bleu marial

C’est avec l’essor du culte marial à partir du 12ème siècle que le bleu prend de la hauteur. A cette époque, il devient, en effet, la couleur de la Vierge, des rois de France et de l’aristocratie.

Auparavant, la Vierge était représentée avec des couleurs de deuil et le ciel était toujours doré. Or, avec le culte marial, la Vierge est davantage perçue comme la reine des cieux. Ceux-ci sont alors représentés en bleu et la Vierge de même.

Bleu « réformé »

Curieusement, la Réforme sera également favorable au bleu. Dénonçant, les couleurs déshonnêtes, parce que trop vives, comme le rouge, le vert ou le jaune, les protestants les plus austères accepteront néanmoins de faire une place au bleu au milieu de leurs habituels noirs ou gris.

On voit pointer ici le côté œcuménique du bleu qui a tant fait pour affirmer sa suprématie.

Bleu de Prusse et bleu indigo

Pour faire bonne mesure, l’évolution des teintures est venue soutenir l’évolution des mentalités.

Bleu de Prusse
Bleu de Prusse

D’abord produits à partir des fruits à coque de la guède, les colorants bleus se sont largement démocratisés avec la découverte fortuite du bleu de Prusse au début du 18ème siècle et la commercialisation massive de l’indigo du Nouveau Monde.

Le guede ou bleu des tinturier provenant d’Asie du Sud-est représenté sur un timbre.

A cette évolution des mentalités et des techniques de coloration, s’ajoutent les résultats des recherches sur le sommeil et sur les performances cognitives.

Couleur indigo
Couleur indigo

 

Le bleu, une couleur essentielle du cycle circadien

La lumière bleue joue un rôle très important dans les cycles d’éveil et d’endormissement qui constituent le cycle circadien.

En effet, les chercheurs ont mis en évidence que le spectre d’action de la lumière est optimal sur ce cycle quand il se situe entre 446 nm et 476 nm. Or, la longueur d’onde spécifique de la couleur bleue est de 470 nm.

 

Qu’est-ce que la lumière bleue ?

Le processus passe par la production d’hormones appropriées au moment approprié. Au moment de l’éveil, le cerveau produit de la sérotonine. Cette production est bloquée au moment de l’endormissement et remplacée par celle de mélatonine.

Il s’avère que la lumière bleue facilite la production de sérotonine. D’où l’intérêt d’une exposition à la lumière bleue, artificielle ou naturelle, qui ne soit pas à contretemps des rythmes diurnes et nocturnes.

lumière bleue du portable
La lumière bleue du portable nous fait rester éveillé.

Autre élément à noter, la lumière bleue ne produit pas ses effets par l’intermédiaire des photorécepteurs habituels, bâtonnets et cônes, mais par celui des cellules ganglionnaires photosensibles.

La couleur bleue favorise l’apprentissage et la créativité

D’autres expériences ont été faites pour mesurer l’effet des couleurs sur la performance des personnes en situation d’apprentissage ou de test. Elles ont notamment eu recours à des instructions sur fonds d’écran d’ordinateur de couleur bleue ou rouge.

D’une manière générale, à questions identiques, quand le fond d’écran est rouge, le taux de réponse est plus élevé que lorsqu’il est bleu. Mais, quand il est bleu, le nombre de bonnes réponses est plus élevé que lorsqu’il est rouge.

Pour des chercheurs comme Juliet Zhu et Ravi Mehta, de l’Université de Colombie britannique au Canada, ces expériences démontrent que le bleu encourage la créativité et la réflexion.  Selon eux, cela vient sans doute du fait que le bleu induit naturellement un sentiment de sécurité et de paix grâce aux associations qu’il suscite avec le bleu du ciel ou le bleu de l’océan.

Au-delà de ces aspects physiologiques et psychologiques, le bleu est hautement symbolique. Philosophe autant que peintre, Kandinsky en a fait très tôt un élément essentiel de son art comme le montrent son cavalier bleu et le groupe d’artistes qui en reprendra le nom.

En effet, pour lui, le bleu a une signification spirituelle très nette, car  :

Le bleu est la couleur typiquement céleste. Le bleu développe très profondément l’élément du calme

Signification de la couleur bleue

Le bleu a une symbolique très riche. Cela résulte de sa forte valorisation par le monde contemporain.

De sorte qu’elle est polysémique et varie beaucoup suivant son contexte. Cependant, celle-ci est le plus souvent positive, bien qu’il lui arrive de faire ressortir une dégradation ou de correspondre à un marquage particulier.

Insaisissable le bleu ? Indéfinissable ? Multiple. Variable. Troublant.

Nous dit du bleu, Annie Mollard-Desfour, auteur d’un très complet dictionnaire de la couleur.

 

En général, que signifie la couleur bleue ?

Elle renvoie presque systématiquement à des attitudes exprimant un certain romantisme, de la bienveillance et de la douceur de vivre.

Le bleu de l’amour et des bons sentiments

Ainsi, dire d’une personne qu’elle est « fleur bleue« , c’est souligner son caractère sentimental et poétique.

signification être fleur bleu
Sentiment et signification d’être fleur bleu

L’expression a été employée pour la première fois par le baron Friedrich von Hardenberg, dit aussi Novalis. Dans son roman « Heinrich Von Ofterdingen« , publié en 1802, après sa mort, il raconte l’histoire d’un trouvère médiéval qui cherche l’amour absolu. Il le trouve auprès de Mathilde. Et, elle représente pour lui une petite fleur bleue idéale et d’une grande poésie.

Cela dit, avec le temps, l’expression s’est progressivement accompagnée d’une connotation moins romantique et plus proche d’une sentimentalité un peu naïve.

Le bleu des séniors et des personnes âgées

Les expressions avec le mot « bleu » sont fréquemment employées quand le contexte fait référence à un public de personnes âgées. Citons, par exemple, :

  • La radio bleue. Il s’agit d’une station de radio plus particulièrement destinée aux personnes âgées et dont les programmes sont centrés sur des variétés d’autrefois.

 

  • Le fil bleu. C’est un système de téléalarme qui permet aux personnes âgées d’être plus en sécurité.

 

  • La semaine bleue. Dans le cadre de cette semaine bleue sont organisées des manifestations valorisant les retraités.

Le bleu de l’enfance et de l’insouciance

C’est celui que chante Charles Trénet dans « l’école buissonnière ». C’est celui de l’enfance bleue.

Bleue, bleue, notre enfance/fut un paradis/ On s’en aperçoit bien trop tard aujourd’hui/On vivait sans souci, sans la moindre méfiance

Le bleu de la qualité, de la sérénité et de la modernité

  • Les « blue chips » ou « jetons bleus » représentent ainsi les meilleures sociétés cotées. Celles qui offrent les meilleures garanties de rentabilité et de qualité. En mettant une « blue chip » dans son portefeuille, un investisseur peut dormir en quelque sorte sur ses deux oreilles. Il n’a pas à craindre de mauvaises surprises.

 

  • Le pavillon bleu, label créé en 1985, dans le cadre du Conseil de l’Europe, récompense les ports et les stations balnéaires particulièrement vigilants en matière de qualité des eaux de baignade, de capacité d’épuration, et de soin apporté à l’environnement.

 

  • La carte bleue est l’autre nom utilisé pour désigner une carte bancaire. Il fait référence à la première carte bancaire, de couleur bleue, mise en service en 1967, en France, par 5 grandes banques. Autre signe du caractère polysémique du bleu, la carte bleue est aussi le nom donné au permis de séjour, dit carte bleue européenne, accordée aux travailleurs hautement qualifiés, originaires d’un pays tiers, qui veulent travailler dans l’UE.

 

La signification de la couleur bleue peut-elle être négative ?

Le bleu de l’illusion, de l’incompréhension et de la souffrance

Comme souvent, une couleur est ambivalente. Le bleu n’échappe pas à la règle. Il est même multiple, variable et troublant, nous a dit Anne Mollard-Desfour. Il lui arrive donc d’avoir une connotation négative.

Qu’est-ce qu’avoir un bleu, sinon avoir la marque d’un coup ?  Physique, bien sûr, mais aussi, moral. Avoir le blues, c’est avoir des bleus à l’âme et être saisi par la mélancolie.

Dans un tel contexte, le bleu accompagne des états illusoires et mensongers. La personne affaiblie moralement peut n’y voir que du bleu, c’est-à-dire ne rien voir, discourir dans le bleu ou le vide, se laisser aller dans les paradis bleus ou artificiels et s’enivrer de vin bleu, vin rouge de mauvaise qualité.

Mais, quoiqu’il en soit, comme l’écrit, le célèbre graphiste Sean Adams, fondateur du cabinet AdamsMorioka :

Quand on les interroge sur la couleur souhaitée pour leur logo, la plupart des clients suggèrent le bleu

Quelle signification bleue des marques ?

C’est une question légitime tant le bleu a envahi le paysage des marques qu’elles soient commerciales ou politiques. Leurs responsables cherchent ainsi à s’en approprier les vertus rassurantes et consensuelles.

Bleu des logos politiques ou institutionnels

Citons le bleu des institutions internationales comme l’ONU et ses casques bleus, le drapeau bleu du Conseil de l’Europe et de l‘Union Européenne. Notons, à ce propos, que le drapeau européen a une connotation mariale.

Drapeau bleu ONU et drapeau bleu Union Européenne
Drapeau bleu ONU et drapeau bleu Union Européenne.

Ses concepteurs se sont, en effet, inspirés de la Vierge de Helkenheim qui figure sur un vitrail de la cathédrale de Strasbourg. Elle y est vêtue d’un grand manteau bleu et porte une couronne de 12 étoiles.

Vierge de Helkenheim dans la cathédrale de Strasbourg
Vierge de Helkenheim dans la cathédrale de Strasbourg

Les infographies des médias colorent en bleu les partis de droite en France par opposition au rouge communiste, au rose socialiste et au vert écologiste.

L’idée en est peut-être venue de l’assemblée très droitière et dite « bleu horizon« , élue par les poilus français, tout de suite après la 1ère Guerre Mondiale. Le bleu est ainsi devenu la couleur officielle de l’UMP en 2002.

Bleu des logos commerciaux

Côté marques commerciales, de nombreuses entreprises ont adopté le bleu pour la couleur de leur logo. C’est le cas de Pepsi-Cola, face au rouge de Coca-Cola, l’adversaire séculaire.

Mais c’est aussi le cas de nombreuses marques automobiles comme Ford, Volvo ou Hyundaï, entre autres. Et cela a été la couleur de la prestigieuse compagnie d’aviation Pan-Am, de sa création en 1926 à sa disparition en 1991.

Quelques nuances de bleu

Cela dit, le bleu, comme toutes les autres couleurs, n’est pas uniforme. Il peut revêtir de nombreuses nuances, notamment en se mélangeant avec du vert, et changer de sens, à l’occasion.

Parmi les plus populaires, citons, du plus clair au plus foncé :

  • Le bleu roi.

C’est la couleur du ciel et celle de la lettre G de « Google ». Plus soutenu, il devient bleu-de-roi ou bleu-de-France. La connotation est,  bien sûr, royale et majestueuse.

  • Le bleu turquoise.

Il fait référence à la turquoise, pierre semi précieuse, dont la couleur se situe entre le bleu ciel et le vert clair. En lithothérapie, la turquoise est une pierre très positive et très protectrice.

  • Le bleu pétrole.

Le vert y est accentué avec des nuances de gris.

 

  • Le bleu canard.

La couleur bleue y prend une teinte proche du « col-vert » qui le rend plus sombre.

 

  • Le bleu électrique.

La couleur bleue y est franche et évoque l’énergie qui se dégage d’un arc électrique.

 

  • Le bleu Majorelle.

C’est le bleu intense, dit outre-mer, presque violacé, des murs de la villa de Jacques Majorelle à Marrakech. C’est un bleu exotique, plein de soleil, qu’on retrouve dans le bleu Klein ou le bleu Cox.

 

  • Le bleu marine.

C’est un bleu foncé, parfois presque noir. La dénomination fait référence à certains uniformes du personnel de la marine, de la gendarmerie et de l’armée. Il en garde un peu le caractère régulier.

 

  • Le bleu nuit.

Le bleu y est très proche du bleu marine, en plus intense.

Un bleu trop envahissant ?

Victime de son succès, le bleu se retrouve dans de nombreuses expressions, dont certaines n’ont rien à voir avec la couleur bleue

Le bleu cerise en est une bonne illustration. Il renvoie à un épisode de l’histoire des chasseurs alpins et correspond, en réalité, à la couleur rouge, dont il est d’usage de ne pas parler dans cette unité d’élite.

Il en est un peu de même avec la cuisson bleue d’un steak. Celle-ci correspond au premier degré de cuisson et la viande n’y est rôtie que superficiellement. Elle garde donc, au cœur, l’aspect légèrement bleutée de la viande crue.

Ce succès a même un nom, celui de la bleuïtude. Tout, ou presque, désormais, peut être mis à la « sauce bleue ».

Et ce ne sont pas les bataillons de porteurs de blue-jeans qui le regretteront. Mais, à trop l’utiliser, il peut perdre tout sens.